Vivre dans les nuages par Lisa Springenfeld

Depuis petit il rêvait de vivre dans les nuages mais une peur irrationnelle le rattachait au sol. Il passait ses journées à les observer, couché au milieu des pâquerettes et des coquelicots, dessinant les courbes que le vent lourd, leur donnait. Il était fasciné par leur beauté éphémère mais surtout par leur côté divin ; apportant la vie après une sécheresse et ne laissant que destruction après une tempête. 
Souvent on se moquait de lui, lui le petit garçon qui de peur de traverser un pont préférait se mouiller les pieds en passant par la rivière, lui qui préférait abandonner sa balle quand elle se coinçait dans les branches d’un arbre, lui qui regardait envieux les passants profiter de la vue du haut de la grande roue, lui qui voulait atteindre les cieux, mais qui en avait paradoxalement une peur bleue. 
Ne pouvant affronter son vertige, il se rapprocha d’eux par l’art. D’une toile vierge il créait de somptueux paysages toujours accompagnés d’un ciel nuageux. On sentait toutes les émotions au travers de ses nuages. Le paisible coucher de soleil n’était paisible que grâce aux légers nuages rosés survolant les plaines, la mer agitée n’aurait eu aucun sens sans son ciel sombre et lourd. C’était sa marque de fabrique, ses nuages ne laissaient personne de marbre, ses toiles se vendaient comme des petits pains. 

Il était riche, célèbre, il pouvait avoir tout ce qu’il souhaitait, mais il y avait un vide au fond de son cœur, un vide que l’argent ne pouvait combler. Ce vide, il le côtoyait depuis longtemps, c’est comme s’il l’avait toujours connu. Il avait essayé de le combler avec son art mais ça n’avait jamais vraiment marché, c’était sa peur qui avait créé ce gouffre. Cette peur irrationnelle qui ne faisait que l’éloigner des cieux. Alors il prit son courage à deux mains et retourna vers la grande roue qui l’avait tant fait rêver enfant. Il s’installa dans la petite cabine et commença l’ascension. Ce jour-là les nuages recouvraient l’entièreté du ciel, créant une atmosphère étrange, presque irréelle. Il n’avait plus peur, il était paisible. Pour la première fois il était complet. 

Last modified onThursday, 03 June 2021 13:52
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