La victoire d'un bienheureux par Tony Moré

Au début de la course, Ben-Ouïr était à l'extrême gauche des six quadriges. Pendant un instant, il avait été, comme les autres, aveuglé par la lumière éblouissante qui inondait le cirque de campagne sur laquelle se déroulait la compétition. Il ne tarda pas toutefois à reconnaître ses adversaires et à deviner leur plan. Son attention se portait surtout sur Metsçalà, qui, lui était plus qu'un adversaire: un ennemi mortel, de la caste supérieure des Biennés. Ce dernier, plus impassible et plus hautain que jamais, avait jeté sur Ben-Ouïr un regard qui dévoilait la cruauté de son âme et sa décision irrévocable de vaincre le représentant de la caste des Moinsquerien par n'importe quels moyens. Ben-Ouïr, de son côté, était plus que jamais résolu à triompher de son adversaire en dépit de tous les obstacles ; dût-il en coûter sa propre vie. Sûr de lui, il attendait avec calme le moment opportun qui assurerait son triomphe.

Soudain, Ben-Ouïr déborda de l'extrême gauche, gagna la droite sans perdre de temps, et parvint à dépasser le quadrige de Metsçala qui dans une tentative désespérée de l’empêcher de gagner la course lui lança un coup de fouet en plein visage. Mais Ben-Ouîr réussit à saisir habilement le fouet de Mestsçala, qui surpris et déséquilibré, tomba sous les roues de son propre char, mortellement écrasé par les bœufs hurlants des deux quadriges qui suivaient et ne parvinrent à l’éviter,

Cette manœuvre habile de Ben-Ouïr n’échappa pas aux yeux des milliers de spectateurs qui y virent la main du dieu tout puissant Visemiou : en franchissant la ligne d’arrivée, le cirque sembla crouler sous les applaudissements, rempli de la fierté de tout un peuple pour son nouvel héros !

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