Silence par Christina Matile

Une image sans sons. Pas le moindre bruissement, pas un seul chant d’oiseau, pas un souffle de vent, aucun mouvement, pas d’odeurs, pas de profondeur. Rien ne bouge.
Le temps s’est arrêté. Une structure de noir et de blanc. Leurs agencements laissent une empreinte. Un homme. Un arbre. Pas de lieu déterminé. Pas de lien. Pourtant une situation, une scène. Une rencontre entre deux vies immobiles, aussi silencieuses l’une que l’autre. Une communication sans paroles ?
Deux univers. Deux êtres vivants. Deux vécus. Présomptueux de tenter à décrypter leurs pensées. Mettre du sens au-delà de l’image. Toujours l’esprit s’essaie à une interprétation, de donner du raisonnement, de répondre à des « pourquoi » et des « comment », à ce qui est ou ce qui est supposé être. Donner une réflexion, une émotion au vivant comme pour prouver l’existence, leur donner une âme.
Comment savoir qui est cet homme, ce qu’il pense, quelle est son histoire sans se perdre dans des idées préconçues qui s’attachent davantage à l’aspect, à la tenue et à la position du corps qu’à son caractère, ses habitudes, ses préférences, le déroulement de sa vie ? En un clin d’œil nous parvenons à nous faire une idée de qui est cet homme, du rôle qu’il jouerait dans le théâtre social.
Mais gare à ceux qui s’égareraient dans les pensées de l’homme, en se glissant insidieusement dans son intérieur pour y découvrir qu’eux-mêmes ou leurs rêves les plus étranges. A ce moment-là précis, ils feraient face aux fantasmes, aux fantasques de leur propre imagination nourrie de toutes ces images emmagasinées en eux. Les préjugés, les attributions tant nécessaires à la survie, font de personnes innocentes soudain des bourreaux ou des victimes, des individus qui forment notre vision du monde et tente de la confirmer.
Et s’il n’y avait rien qu’un espace- temps. Un arbre. Un homme. Une infinité de nuances entre le noir et le blanc. Juste un silence.

Last modified onWednesday, 26 May 2021 19:47
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