La nature des choses par Christina Matile

Toujours présente la nature, sa lumière, son ombre, ses feuillages, ses reflets, ses transparences, ses couleurs. Elle dessine un cadre autour du tableau de notre vie. Elle choisit le paysage dans lequel nous évoluons. Naître, se développer, croître, fleurir, se reproduire, se faner et mourir dans un éternel cycle de mouvements imperceptibles ou abruptes. La nature comme un berceau foisonnant qui nous protège, comme un océan infini pour nous recueillir. La nature est liée au temps qui lui est flou, un voile opaque par moment, une brume épaisse par instant, craquelée par endroit. Notre regard se pose. Il invite à la clarté, à déchiffrer des contours nets et définis. Le temps se pose comme un objectif sur son sujet, sur la nature des choses. Il délimite la profondeur de champs, la précisions des formes, la valeur et la répartition des couleurs et des ombres. Il cerne une esquisse, une ébauche par son essence mystérieuse puisque déjà passée, révolue, terminée, finie même inachevée.

Le temps dessine un souvenir, une forme indéfinie, le fruit d’une mémoire qui s’enchevêtre avec la nature des choses. L’arrêt sur image fait du vivant un objet. Les personnes tout comme les choses laissent paraître des traces telles que le passage des vents, des pluies, des orages, des étés étouffants, des gelures de l’hiver, la main des passants. Le voici à nouveau le temps. Il clame dans l’instant une exactitude ou est-ce l’avenir qui transforme déjà ce que le regard perçoit ? Certitudes ou illusions ? L’image s’impose à nous parce que nous y voyons ce qui nous intéresse de voir. Chacun à sa manière entendra la chaleur de l’été, sentira l’ombre des feuilles, frôlera la taule, le métal, caressera la silhouette féminine avec délicatesse. Ceci parce que nous ne regardons qu’avec nos propres yeux. Peut-être que nos regards évitent les formes trop concrètes pour leurs laisser leur vraie nature, leur mystère et que nous revenons aux choses rassurantes que nous croyons connaître. Peut-être que c’est la distance qui nous sépare de ces femmes qui rassure et nous questionne en même temps ?

Difficile également de définir quelle est la nature profondément humaine, féminine de ses silhouettes. S’agit-il d’une forme unique, qui rappelle une histoire, qui alimente des rêves, fait pleurer et puis rire ? Sans doute ! En sommes-nous certains ? Il y a place pour tant d’inconnues, d’interprétations diffuses, confuses, étourdies et dans le désordre, autant de souvenirs dans notre mémoire. Qu’est ce qui métamorphose une forme humaine, soit les contours de ses femmes, en un être, un corps, un esprit, une âme aimée, donc particulière, singulière, distincte et unique ? Alors que dit une image ? Parle-t-elle de la nature d’un être ou est-elle tout simplement, naturellement, comme un clignement d’œil, un instant, tout bêtement, une perception capturée à tout jamais et qui est source d’interprétations infinies selon les perceptions, les sentiments, le vécu de l’observateur ? Est-ce que la nature féminine attire d’avantage l’attention dans le cadre qui l’entoure parce qu’elle est humaine et que nous sommes attirées, interpelées, programmées pour nous raconter des histoires qui parlent toujours de nous, les humains ? Les images sont-elles des récits qui n’atteignent pas toujours leurs cibles parce qu’ils se perdent en chemin en s’arrêtant sur la nature et les choses? Que disent les images de femmes dérobées par un homme ? Nous voici entrainés dans un jeu d’ombres et de lumière, un jeu de vérités et de mensonges. C’est ainsi que nous recomposons les lignes qui manquent, nous complétons trop volontiers les lacunes avec nos propres histoires et chimères. En quoi ces deux femmes cherchent-elles à se faire voir, à se dévoiler, à s’exposer aux regards du passant ? On ne le saura pas ! Pourtant elles parlent par leur présence dans l’image, elles murmurent, marmonnent des silences qui en disent longs sur elles, leurs vies, leurs rêves que nous leur attribuons très volontiers.

 

 
 
 

 

Last modified onFriday, 21 May 2021 06:34
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