Au passage par François Latouche

Ils avaient marché de longues heures, silencieux, à contempler les montagnes au loin, bercés par le chant des oiseaux au cœur de cette nature offerte luxuriante, apaisante. Jamais elle ne s’était interrogée sur ce besoin d’un effort partagé vécu dans la solitude d’un couple dont les années marquaient leur peau, alourdissaient chaque pas. Cependant, ils avançaient par choix ou par habitude mais il fallait se lancer vers l’avant à la recherche d’un passé oublié et d’un avenir à oublier. Ils ne se regardaient plus, à tout le moins, elle, s’étaient-ils d’ailleurs un jour regardés ? La vie les avaient choisis pour toujours quelle alternative, pour elle, pour lui. Elle pensait beaucoup, lui moins, l’équilibre parfait pour vivre longtemps, sans se poser de questions, n’était-ce pas la brillance de cette femme, morne, de cet homme sans éclat ? Et pourtant, ils devaient se reposer, au bout d’un long chemin, pétris par un soleil écrasant, comblés par la joie de fausses retrouvailles, s’oubliant dans ce lien indéfectible, le temps semblait couvrir leur relation du voile doux de l’affection, de celui qui rend tout contact juste et beau. Nul besoin de se regarder quand le cœur voit, aucune nécessité de se parler, ils existent déjà l’un pour l’autre. Les bavardages annihilent la beauté d’une discussion silencieuse alors qu’il suffit uniquement d’être présent, l’un pour l’autre, l’un avec l’autre, l’un à l’autre, sans un mot, pour revenir à l’essentiel du mot « ensemble ». Elle avait appris à se taire, il ne voulait plus parler. Voilà bien des années que la moue éclatante, de cette femme, protégeait leur sérénité dont il goûtait chaque moment, éveillé mais encore plus endormi, baignée par le soleil de fin d’après-midi celui qui réchauffait son corps ; refroidie par une humidité naissante, elles se perdait dans ses pensées routinières. Elle attendait un mot ou même un geste qui ne viendrait jamais. Le savoir nourrissait son espoir d’un nouveau jour, d’un nouvel être, inconnu, d’une métamorphose, toutes les chenilles ne se transforment pas en papillons, elle le déplorait. De loin, admirant, une telle scène, on ne saurait troubler une telle quiétude dont le soleil servait de flash à un instantané fixant une vie.

Last modified onFriday, 21 May 2021 06:31
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