Elle attendait par Jeanne Matile

Attablée devant un verre de gin, le regard perdu dans le lointain, Germaine repassait dans sa tête le film de ce samedi soir, incapable de réaliser comment sa vie venait de basculer. Elle était arrivée tôt au rendez-vous, impatiente de le retrouver, se réjouissant d’avance de le voir franchir la porte du bistrot… Lucien avait promis de la rejoindre vers 19 heures. Il apporterait les documents de voyage et leur valise. Les deux amants devaient prendre le TGV de 20 heures en partance pour la Bretagne. Ils avaient décidé de partir en vacances en ce mois d’avril tout rempli de promesses ; un projet longtemps renvoyé, pas d’argent, pas de congé ! Ce soir ils allaient enfin réaliser ce vieux rêve : le voyage, la mer, le petit hôtel, les balades, le bonheur, peut-être. Ils en parlaient depuis si longtemps, feuilletant les guides de voyages, étudiant les itinéraires. 

Et puis, soudain, dans ce bistrot sinistre, un téléphone qui sonne, un message qui s’affiche sur le portable de Germaine ; message terrible : « voyage impossible ! suis à l’hôpital ! ai contracté le virus ! pardon, mille fois pardon pour tant de peine ! Je t’appelle sitôt que je pourrai. Lucien qui t’aime ! » Et puis plus rien…Juste le bruit des quilles qui s’entrechoquent sous la poussée des boules au sol-sol et celui des conversations tamisées par la musique diffusée en sourdine dans ce bistrot malfamé. 

Germaine est effondrée ! Elle ne comprend pas ce qui est arrive ! Elle se retrouve seule, abandonnée dans cette ville qu’elle ne connaît pas ; dans ce pays qui n’est pas le sien. Elle est comme vissée sur son siège, comme paralysée par la peur. Elle a juste envie de pleurer.

Last modified onFriday, 21 May 2021 06:31
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