Qui est-tu, belle inconnue? par Gilles Léchot

Mais qui es-tu, parfaite inconnue ? Es-tu réelle ? Que fais-tu ? Attends-tu quelqu’un, un ami, un client, un amant ? A quoi penses-tu ? Tu sembles tout droit sortie d’un film italien des années soixante, perdue, mystérieuse, inaccessible. Je t’imagine…

Et puis non, je ne t’imagine pas. Nous ne sommes plus dans les années soixante, et surtout je n’ai plus ni le goût ni l’âge pour cela. Et l’époque ne s’y prête pas ! Je suis un homme blanc de cinquante ans. Le mal absolu, donc. Responsable de tous les maux de notre société, du réchauffement climatique à la pauvreté dans le monde. Et surtout présumé misogyne et harceleur, si ce n’est violeur. Donc non, je ne t’imagine pas. Je constate simplement la dureté de l’époque et des rapports hommes – femmes. La dictature de l’égalité est passée par là, confondant uniformisation et négation des différences avec équité. Un homme, une femme, aucune différence, deux être indifférenciés, unisexes et interchangeables. Ou pire encore. Le premier, obligatoirement mâle alpha porteur de valeurs destructrices, agressif et dominateur. Le bourreau, inhumain. La seconde forcément intégrative, collaborative et portée vers l’empathie. La victime, tellement humaine. Bien évidemment, cela tient du fantasme et n’a rien à voir avec la réalité vraie. Mais oser le dire tient du crime de lèse- majesté, ou plutôt de lèse-Femen. Plus de place donc pour la subtilité des rapports humains, pour les jeux de séduction, pour l’amour et la complémentarité choisie. Il ne reste que la froide réalité génétique d’une femme cherchant à maximiser les chances de survie de ses quelques rares ovules en trouvant un bon pourvoyeur, et d’un homme cherchant à maximiser sa descendance en multipliant les conquêtes. Alors voilà, tu n’es pas réelle. Tu n’existes pas. Tu ne fais rien, tu n’attends personne et tu ne penses à rien.

Dommage. Et si What else était plus fort que #MeToo

 

Last modified onFriday, 21 May 2021 06:30
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