Portraits de femmes

Portraits de femmes (18)

Série de portraits de femmes

Homme, femme, même combat par Pierre Matile

Si tu veux, je veux, je décide
On pourrait aller par-là ?
On y va,
Dit la femme au regard intrépide,
Tirant son amant par le bras.

 Puis, ils s’asseyent un instant
Sur un banc,
Sous le soleil brûlant, torride
Et conversent paisiblement,
Échangeant des propos insipides,
Entendant plus qu’écoutant.

 Les nuages arrivent,
Allez, on s’en va.
Il fait froid et cette envie subite,
De petit coin change sa voix,
La pause n’a plus de mérite,
Reprenons d’un bon pas.

 Mais où aller ? les doutes l’assaillent, où aller vite ?
Dans un café finalement, elle se précipite,
Courageuse et vaille que vaille,
Il attend la mine déconfite. 

De gauche de droite baladé,
Cette promenade n’a eu que le mérite,
De montrer que s’opposer est illicite
Aux envies de notre moitié,
Les jours de soleil si elle le décide,
Il faut la pardonner.

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Je veux tant de choses par Nathalie Schwab

Arrêt Pontsteiger, Amsterdam. Ils voulaient prendre le ferry de 13h14. Ils sont arrivés en courant, lui devant, elle 200 mètres derrière, traînant tant bien que mal son charriot à commissions qui cahotait sur les pavés. Elle est arrivée 15 secondes trop tard. La sirène a retenti, les employés de la GVB ont largué les amarres et les moteurs ont rugi. Il ne leur reste plus qu’à attendre le prochain passage, dans ce crachin serré, pénétrant et amer. D’un air dubitatif, elle regarde le bateau qui s’en va, tenant dans ses doigts aux ongles laqués de rouge une cigarette. Sa veste, légère, est détrempée. Il émane d’elle une certaine grâce ; elle semble fragile et forte à la fois. Lui, la regarde, à l’abri dans sa parka. Son regard est noir et son expression fermée. Serait-il fâché ?

STOP !

Je ferme les yeux. Dans une vingtaine de minutes, je monterai sur le prochain ferry. J’abandonnerai mon charriot, franchirai la passerelle, d’un pas sûr. Je monterai dans la cabine, me saisirai fermement de la barre et mettrai le cap sur la mer du Nord. Tout au long du canal, les passagers, tels des soucis, descendront à quai les uns après les autres. Comme un appel, je sentirai soudainement l’air du large et c’est allégée, délestée, que je franchirai les écluses d’Ijmuiden. Mon regard embrassera l’horizon, je retiendrai mon souffle l’espace d’un instant, puis je plongerai dans l’immensité. Alors que tout se mettra à tanguer autour de moi, ma vie se délitera. Doucement, le ciel se dégagera. Le roulis me bercera, l’eau salée décapera tous mes chagrins et je suivrai mon étoile. Parce que personne, jamais, ne me volera ma liberté de rêver.

« Je veux tant de choses

Ouvrir en deux le ciel

Hisser haut le drapeau

Et vous mener tous en bateau

Tracer dans le bleu

Je veux

Quelque chose de nouveau »

Christophe, La Man

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Les hommes par Pierre Matile

lls t’aiment, ils te hainent
Ils partent, ils te quittent,
Ils vivent d’autres amours autres,
Avec d’autres femmes d’autres.

Dans la nuit parfois ils s’agitent,
Et retombent monumentales,
Leurs ombres sur le bitume,
Sous le regard des étoiles,
Laissent une trace sale et blanche,
Parfois couleur de sang,
sans amertume.

Leur désir les incite
à penser un instant,
que posséder l'être chair,
les rendra plus vivant.

Ce désir assouvi
Ils s'enfuient vers d'autres aimants,
répétant à l'envie
ce maudit paterne.

 

 
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Qui est-tu, belle inconnue? par Gilles Léchot

Mais qui es-tu, parfaite inconnue ? Es-tu réelle ? Que fais-tu ? Attends-tu quelqu’un, un ami, un client, un amant ? A quoi penses-tu ? Tu sembles tout droit sortie d’un film italien des années soixante, perdue, mystérieuse, inaccessible. Je t’imagine…

Et puis non, je ne t’imagine pas. Nous ne sommes plus dans les années soixante, et surtout je n’ai plus ni le goût ni l’âge pour cela. Et l’époque ne s’y prête pas ! Je suis un homme blanc de cinquante ans. Le mal absolu, donc. Responsable de tous les maux de notre société, du réchauffement climatique à la pauvreté dans le monde. Et surtout présumé misogyne et harceleur, si ce n’est violeur. Donc non, je ne t’imagine pas. Je constate simplement la dureté de l’époque et des rapports hommes – femmes. La dictature de l’égalité est passée par là, confondant uniformisation et négation des différences avec équité. Un homme, une femme, aucune différence, deux être indifférenciés, unisexes et interchangeables. Ou pire encore. Le premier, obligatoirement mâle alpha porteur de valeurs destructrices, agressif et dominateur. Le bourreau, inhumain. La seconde forcément intégrative, collaborative et portée vers l’empathie. La victime, tellement humaine. Bien évidemment, cela tient du fantasme et n’a rien à voir avec la réalité vraie. Mais oser le dire tient du crime de lèse- majesté, ou plutôt de lèse-Femen. Plus de place donc pour la subtilité des rapports humains, pour les jeux de séduction, pour l’amour et la complémentarité choisie. Il ne reste que la froide réalité génétique d’une femme cherchant à maximiser les chances de survie de ses quelques rares ovules en trouvant un bon pourvoyeur, et d’un homme cherchant à maximiser sa descendance en multipliant les conquêtes. Alors voilà, tu n’es pas réelle. Tu n’existes pas. Tu ne fais rien, tu n’attends personne et tu ne penses à rien.

Dommage. Et si What else était plus fort que #MeToo

 

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Pour Y. S. par Geneviève Berlincourt

Tu es là, sur la photo, dans ta robe de mariée, les yeux baissés. Ce qu’on ne voit pas, c’est ton regard triste, sous le maquillage. Ce qu’on ne sait pas, c’est la froidure de cette fin d’après-midi de pluie. Ce qu’on ne sent pas, c’est la tristesse de ton cœur, et ta peur. Autour de toi, les petits, qui jouent et ne savent pas ce qui se passe. A côté de toi, ta mère, engoncée dans un tailleur rouge acquis pour quelques sous chez un fripier, et sur lequel je reconnais l’insigne d’une université - un uniforme de secrétaire, en fait. Ta mère qui ne t’a pas aidée à t’habiller tout à l’heure, qui ne t’a pas maquillée, ni coiffée, mais te pressait : « dépêche-toi », alors que toi, encore en sous-vêtements, attachais avec précipitation les lacets de ton fils… Tu as froid. Dans ta hâte, tu n’as pas pris de veste pour couvrir ton corps, trop maigre pour la robe de mariée louée à grand frais, cocon démesuré pour toi, petite chrysalide. En aurais-tu eu une pour l’occasion ? Une qui ne te fasse pas sembler déguisée en mariée ? Sous la pluie, à quelques mètres de toi, ton futur mari (pourquoi est-ce que je ne me rappelle pas comment il est habillé ?) échange des banalités avec ton père. Mais toi, tu es assise sur un muret, devant l’église du quartier, et ton frère vient te tenir compagnie, un des deux frères que tu as élevés pendant que ta mère faisait des nettoyages, gagnant à peine de quoi vous nourrir à coup de caldo de papa : de l’eau, un cube de bouillon et des pommes de terre, toi, la bonne élève, que tes parents ont retirée de l’école pour que tu assures à leur place l’éducation des petits. La pluie continue à tomber, sans un espoir d’éclaircie sur cet après-midi gris. On attend le curé. Vingt minutes que la cérémonie aurait dû commencer, et il n’est pas là.

 ***

On entre enfin dans l’église glacée. Tes enfants se bousculent pour s’asseoir sur les prie-Dieu destinés aux mariés. Le prêtre, arrivé en courant sans s’excuser, expédie la messe. Le registre est signé, il faut vite sortir. Les fidèles du service de six heures envahissent l’église et les invités se précipitent au dehors, attisés par la promesse de se saouler d’aguardiente et de se remplir la panse de lechona. Et nous voilà tous les six sous la pluie, dans la nuit, dans la boue, seuls, vous les mariés, les enfants, mon fils et moi. Pas de taxi pour vous chercher, rien de prévu. Pas de parapluie pour vous abriter non plus. Tous les autres sont partis et doivent déjà être en train de se réchauffer dans les vapeurs d’anis.

***

Ouf, nous voilà arrivés. L’atmosphère est déjà presque étouffante. Tous sont assis sur des chaises en plastique dans la pièce principale aux murs non crépis, peints en orange. Le vallenato n’arrive pas à couvrir les éclats de voix des convives, déjà échauffés par l’alcool. Tu as déjà changé de rôle et, toi et ton mari, vous servez vos invités, anciens voisins et parents venus de la campagne, visages burinés, chemises à carreaux.

***

Qui se douterait ? Qui se douterait que, sous sa modestie apparente, son humilité, se cache cet être violent, qui t’a déjà tellement battue que, dans le sang qui s’écoulait de ton ventre, s’en sont allées deux petites vies ? Qui se douterait qu’il a, un soir, blessé ton père d’un coup de couteau et que ce n’est qu’à la faveur d’un peu d’argent versé que la prison lui a été évitée ? Qui se douterait que c’est cela qui habite ton cœur, cette peur de lui résister, que de ce mariage, tu n’en veux pas, mais que tu sais ce qu’il en coûte de le contrarier ? Qui se douterait qu’il te dépouillera de presque tout, et qu’il ira jusqu’à presser si fort ses mains autour de ton cou ? Qui se douterait aussi qu’un jour, toi, la chrysalide, tu sortiras de ce cocon mal ajusté pour voler dans le ciel, seule et digne ?

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Derrière ses lunettes par Jean-Pierre Luthi

Elle ne sourit pas …Une capeline Dior d’hier. Un grand cabas , enserré dans des mains protectrices. Un sourire ou près des larmes ? Des lèvres serrées et fermées… Martini : souvenir de la pub cent fois répétée dans la journée à Radio Luxembourg : « boire un Martini, c’est la santé ( ou la beauté ? ) »  Elégance et distinction : une certaine distinction ou une distinction certaine ? Une personne : c’est d’abord un mystère ! Ce regard impossible à rencontrer derrière les lunettes de soleil… dans un univers sans soleil ! Mystère : avez-vous déjà, l’espace d’une seconde observé votre chat sur son divan ou encore Bébé dans son berceau : il y a tant de choses dans leur regard … mais quoi ? Interrogation infinie qui interroge toujours à nouveau et à jamais… Car la réponse ,elle appartient à ce petit félin et à l’enfant , dans l’éternité de leur instant…  

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Effrayée ? par Christina Matile

Qu’est-ce qui nous interpelle ? Son regard effrayé de cette dame ou notre propre regard sur elle ? Quelle est la source du malaise ? De l’interrogation ? Est-ce la peur dans le regard ou l’accoutrement quelque peu excentrique, ces bijoux, ce maquillage, ce mouvement de la tête ? Quelle est l’angoisse qui nous tenaille ? Est-ce celle de l’âge, du manque de jeunesse, de la vieillesse, de la mort ou celle de ne pas correspondre aux attentes, aux normes, aux idées reçues et préconçues qui se rattachent à notre être ? Sommes-nous ce que nous paraissons ? Qu’est-ce qui fait de nous des êtres intéressants, dynamiques, vivants ? Notre apparence, notre comportement, nos idées, nos sentiments, la vitesse de nos déplacements? Qu’est-ce qui nous rattache au monde? De quel monde parlons-nous? Des communautés aussi diverses que nombreuses ou du grand monde pour lequel il nous manque tout entendement tant que nous n’y participons qu’à travers des images aussi surréalistes qu’étrangères? En ce temps de pandémie la question de savoir à quelle communauté nous appartenons devient le maître mot, la question d’importance, car elle définit l’environnement dans lequel nous pouvons évoluer, rencontrer, regarder, parler, penser…

Notre liberté est étroitement liée à l’angoisse, celle de correspondre aux normes, de vivre la responsabilité civile, mais également celle de suivre les ordres donnés, de s’y soumettre et de s’y adapter avec souplesse, bienveillance, respect. Ainsi nous sommes confrontés à l’angoisse que peut provoquer, l’isolement, le manque de stimulations en tous genres, la déprivation. Cette angoisse est devenue « populaire » dans une population dite « normale » qui se plaît à exclure, stigmatiser, se moquer, s’étonner, de toutes ces personnes qui souffrent depuis trop longtemps de leurs angoisses « anormales » dites « différentes ».

C’est donc une question normative, de critères et d’évaluations liée à un mode de fonctionnement. Est-ce que nous faisons encore la différence entres les souffrances dues au sentiment de solitude ou à la privation de plaisirs de divertissement ? Est-ce la peur d’être séparé des autres ou celle de nous retrouver enfermés en nous-même ? Dans un monde devenu immobile et silencieux il nous manque la résonance, les halos et les échos qui prouvent notre existence.

 
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Un besoin de croire par Pierre Matile

Rome, place St-Pierre, des regards qui en disent long, admiratifs, interrogateurs, mi-sérieux, mi-rieurs ou perdus, contemplatifs peut-être. Besoin constant d’être ici, mais aussi de se connecter au sacré, de voir au-delà, d’avoir les pieds sur terre, de manière à subvenir au lendemain, mais aussi de se projeter dans le futur, d’ouvrir la boîte de pandore, d’oser le rêve du mieux, du meilleur, de l’autrement. De l’autre côté, de dos, un homme, l’homme. Son visage est caché et pourtant l’on devine la fascination qu’il exerce sur ces femmes qui l’entourent. Il reprend ici le rôle ancestral du conteur, de celui qui rentre de voyage, de la chasse peut-être et retourne au foyer y retrouver son épouse et partager ses exploits. Il est reçu avec bienveillance, mais aussi avec un brin de méfiance. On ne croit qu’à moitié au récit de ses exploits et c’est bien égal. On fait semblant, on ouvre de grands yeux et ils se sent aimé, il se sent pris au sérieux.

Peu importe que la maison en son absence ait été gérée de belle manière, peu importe que la soupe quotidienne ait été préparée, peu importe, car tel est le rôle de l’épouse ancestrale et tel est le rôle de l’époux voyageur qui rentre au logis. Dans nos sociétés modernes qui nient les différences et détruisent les rôles, les jeux de rôles, qui voient dans la position de l’épouse un acte de soumission et oublient que les jeux se jouent à deux, nous négligeons un peu rapidement ces modèles ancestraux ont fait leur preuve et qu’ils sont à la racine de notre résilience. Tous égaux, oui, mais évitons de commettre l’erreur de vouloir être tous standards, tous semblables. La féminité, la masculinité ont cela de beau qu’ils permettent d’apprendre l’autre dans sa différence et de s’apprendre soi-même par effet miroir.

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Les hommes par Pierre Matile

lls t’aiment, ils te hainent
Ils partent, ils te quittent,
Ils vivent d’autres amours autres,
Avec d’autres femmes d’autres.

Dans la nuit parfois ils s’agitent,
Et retombent monumentales,
Leurs ombres sur le bitume,
Sous le regard des étoiles,
Laissent une trace sale et blanche,
Parfois couleur de sang,
sans amertume.

Leur désir les incite
à penser un instant,
que posséder l'être chair,
les rendra plus vivant.

Ce désir assouvi
Ils s'enfuient vers d'autres aimants,
répétant à l'envie
ce maudit paterne.

 

 
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Elle attendait par Jeanne Matile

Attablée devant un verre de gin, le regard perdu dans le lointain, Germaine repassait dans sa tête le film de ce samedi soir, incapable de réaliser comment sa vie venait de basculer. Elle était arrivée tôt au rendez-vous, impatiente de le retrouver, se réjouissant d’avance de le voir franchir la porte du bistrot… Lucien avait promis de la rejoindre vers 19 heures. Il apporterait les documents de voyage et leur valise. Les deux amants devaient prendre le TGV de 20 heures en partance pour la Bretagne. Ils avaient décidé de partir en vacances en ce mois d’avril tout rempli de promesses ; un projet longtemps renvoyé, pas d’argent, pas de congé ! Ce soir ils allaient enfin réaliser ce vieux rêve : le voyage, la mer, le petit hôtel, les balades, le bonheur, peut-être. Ils en parlaient depuis si longtemps, feuilletant les guides de voyages, étudiant les itinéraires. 

Et puis, soudain, dans ce bistrot sinistre, un téléphone qui sonne, un message qui s’affiche sur le portable de Germaine ; message terrible : « voyage impossible ! suis à l’hôpital ! ai contracté le virus ! pardon, mille fois pardon pour tant de peine ! Je t’appelle sitôt que je pourrai. Lucien qui t’aime ! » Et puis plus rien…Juste le bruit des quilles qui s’entrechoquent sous la poussée des boules au sol-sol et celui des conversations tamisées par la musique diffusée en sourdine dans ce bistrot malfamé. 

Germaine est effondrée ! Elle ne comprend pas ce qui est arrive ! Elle se retrouve seule, abandonnée dans cette ville qu’elle ne connaît pas ; dans ce pays qui n’est pas le sien. Elle est comme vissée sur son siège, comme paralysée par la peur. Elle a juste envie de pleurer.

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