La dictature des (systèmes) experts

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L’idée de ce court essai est née à la lecture du livre de S. Zuboff[1]. Elle y décrit avec moult détails la manière dont les grandes entreprises du Net, les « Google », les « Facebook », les autres aussi dont on parle moins, nous privent petit à petit de notre liberté de choix. Elle y décrypte les méthodes utilisées. Vues de manière poétique, ces méthodes consistent à aspirer notre esprit, sous anesthésie locale, pour le donner en pâture aux systèmes d’intelligence artificielle, avant qu’il ne soit réinsufflé dans notre corps, standardisé et obéissant. Le but est bien sûr ici de mettre en place une société de consommation optimisée, qui répond aux besoins croissants d’expansion de ces monstres, dont beaucoup d’entre nous n’hésitent pas à penser qu’ils sont sacrés.

J’ai voulu regarder plus loin, au-delà de ces préoccupations de l’instant. Contrairement à S. Zuboff, je ne pense pas, en effet, que les êtres humains sont les victimes innocentes de ces machines à dire le futur. S’ils sont prêts à mettre à disposition leur esprit, leur individualité, s’ils sont prêts à renoncer à leur libre arbitre, à leur liberté, à leur fierté, c’est qu’ils ont conclu un pacte avec le diable. En échange, celui-ci leur a promis la vie éternelle. Il ne s’agit pas ici de la vie éternelle telle qu’elle est décrite par les religions monothéistes, mais d’un allongement continu de notre durée de vie qui devrait nous permettre à terme de vaincre la mort et donc d’accéder à la vie éternelle sur terre. Une bien sombre perspective, diront certains. Pourtant les prêtres de cette nouvelle « religion » prédisent sa réalisation d’ici vingt ou trente ans déjà. Ils sont les fonctionnaires de ce messianisme technologique dont les tentacules embrassent de plus en plus de secteurs de la vie. Leur tâche est de nous guider vers ce futur meilleur. Ils attendent de leurs ouailles obéissance, abnégation, renoncement à la liberté personnelle et confiance. Ils se sont alliés avec ces nouveaux bâtisseurs de cathédrales que sont les créateurs de start-up dans un écosystème performant dont le but à terme est de mettre fin au futur indéterminé. Mettre fin au futur indéterminé, c’est, de fait, le transformer en présent, un présent qui se répète à l’infini.

[1] Zuboff, S. (2019). The Age of Surveillance Capitalism : The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power. Profile Books.

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Je me réjouis de lire vos commentaires 

 

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Applications de rencontre, en route vers la standardisation des relations

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Imperceptiblement, nous acceptons que de plus en plus d'aspects de notre vie soient contrôlés par des applications informatiques qui non seulement collectionnent des informations sur nos comportements, mais aussi s'empressent de nous indiquer comment les corriger pour notre bien.

Vous avez mangé trop de sucreries, bu trop d'alcool, vous avez roulé trop vite, freiné trop brusquement, les conséquences ne vont pas se faire attendre. Déjà un programme de remise en place, de remise à l'ordre vous est proposé, à choix pour vous de le mettre en pratique, mais pour combien de temps encore.
Le contrôle social se fait de plus en plus pressant. Ce ne sont pas seulement ces sujets relativement anodins qui sont concernés. De plus en plus d'adultes consentants sont prêts à abandonner leur liberté de décision, leur liberté de choix, même en ce qui concerne leurs relations les plus intimes. Dans ce cadre aussi, une / des applications bienveillantes, sur la base de quelques questions auxquelles vous avez répondu, vous proposent une liste de candidat adéquats.
 
La "qualité" et la rapidité du processus proposé, la quantité quasi illimitée du nombre de prétendants potentiels, font que, peu à peu, il devient impossible de rencontrer l'autre d'une manière différente. Pourquoi perdre son temps dans des rendez-vous frivoles et sans lendemain, dans des essais de relation infructueux ? Et comment réagir face à cet homme, cette femme du passé qui vous aurait abordée au travail, dans la rue ou dans une boîte de nuit ? Il n’y aura plus de réponse, si ce n’est l’indifférence. Les codes de la séduction sont en train de se perdre rapidement et d'être remplacés par les processus standardisés de l’application.
On peut imaginer à terme que l'application, de prédictive devienne prescriptive et ne fournisse plus une liste de partenaires potentiels, mais un seul dont il faudra s'accommoder au risque sinon d'être mis à l'écart, d'être considéré comme asocial par le système et de ne plus avoir accès aux autres services que l'application mettra à disposition. Il faudra sinon supporter la responsabilité d'avoir, à dessein et contre l'avis de l'application, accepté une relation "non-autorisée" et ne pas s'étonner si cette relation ne fonctionne pas, si les partenaires finissent par se séparer l'un de l'autre, si, plus grave encore, les enfants qui pourraient naître de cette union n'étaient pas standards. Les conséquences financières et sociales qui en résulteraient seraient très sérieuses.
 
Un système prescriptif de ce type a bien entendu fonctionné pendant des siècles et est encore à l'œuvre dans nombre de société traditionnelles. Les parents, les représentants religieux, les lois, de manière plus générale, mettent encore en place des garde-fous ou participent à la décision.
 
Ce qui est paradoxal, vous en conviendrez, c'est qu'après quelques décennies de "liberté", ayant assisté petit à petit à la perte de pouvoir de ces instances de contrôle, nous soyons en passe de mettre en place des systèmes de conditionnement autrement plus performants et insidieux.
Il suffisait de quitter la ville, quitter la famille pour échapper au système de contrôle d'avant.
 
Cela ne sera plus le cas dans le futur. Les applications de standardisation ne laisseront en paix que les individus qui se seront exilés à l'extérieur de la société et seront prêts à en payer les conséquences.
 
Est-ce de cela dont nous voulons ?
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Ce n'est pas la démocratie qui est en danger, c'est notre prospérité

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Un excellent article qui fait bien comprendre la menace qui pèse sur les démocraties occidentales et sur l’Europe telle que nous la connaissons. Dans quel autre pays au monde, un candidat à la présidentielle pourrait avoir contracté un contrat de prêt avec une banque russe et se présenter comme si de rien n’était ? Il est troublant que dans de si nombreux pays en Europe, que cela soit en Pologne, en Hongrie, de temps à autre en Autriche, en Italie, ou aux États-Unis, la population dans sa majorité soit prête à mettre au pouvoir des leaders qui n’ont comme programme politique que leur intérêt personnel. Il est malheureux de voir que les partis historiques, qui tant soit peu représentaient des groupes sociaux structurés qui s’affrontaient en tout bien tout honneur, chacun défendant ses valeurs, sont remplacés par des partis qui ne sont plus que des machines à élire des individus sans programme politique autre que le nombre de « like » qu’ils obtiendront sur les plateformes du « Net ».

Cette tentation existe non seulement dans les partis extrémistes, mais également dans le parti présidentiel actuel en France. Que serait cette mouvance si le président n’était plus ? Que serait le Mélenchonisme sans Mélenchon ? Que serait le Trumpisme sans Trump, l’Orbanisme sans Orban ?

Pour sauver la démocratie en face de ces mouvances personnalisées, il nous faut retrouver une certaine cohérence sociale, il nous faut réapprendre à sacrifier une part de ce que nous croyons être nos particularités pour le bien de la communauté. Il faut à nouveau nous regrouper autour d’idées partagées et débattre. Les sujets ne manquent pas. J’ose espérer que nous n’aurons pas besoin d’un quinquennat d’extrême droite pour comprendre que la liberté est à ce prix.

Je viens de relire l'excellent ouvrage de F. Fukuyama, "Political Order, Political Decay" qui raconte le développement des partis politiques et de la démocratie en Europe et aux États-Unis. Nous avons trop tendance à oublier que la démocratie moderne et les partis politiques qui supportent sa logique sont des inventions de la fin du XIXe siècle et que ces partis ont été longtemps utilisés, sont utilisés encore parfois comme des systèmes d'enrichissement personnel et de distribution de charges publiques, postes au sein de l’Etat en échange des largesses octroyées et du soutien fournit.

Alternativement, nous pouvons accepter de nous soumettre à un système d’intelligence artificielle qui s’occupera d’optimiser les processus et de gérer au mieux les conflits d’intérêt. Au vue de certaines décisions irrationnelles des électeurs, aux vues de ce qui se passe en se moment en Ukraine, on peut se poser la question de savoir si un tel système ne finira pas par s’imposer face à la folie des hommes.

Article du monde

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Futur indéterminé et niveau de volatilité.

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Revenons-en à notre sujet, la fin du futur indéterminé. Cet essai postule en effet que nous assistons à la fin du futur indéterminé, non pas parce que nous serions soudain dotés de capacités de prédiction extraordinaires, mais parce que le niveau de volatilité qui entoure notre future est en train de se réduire comme peau de chagrin. Ce niveau de volatilité se réduit parce que, de plus en plus, nous obéissons, sans même nous en rendre compte à des (systèmes) experts, d’où le titre de l’essai, qui modifient nos comportements pour notre bien.

Prenons l’exemple de Google map. Dans un premier temps, cette application se contentait de nous indiquer un chemin possible de A vers B. Elle a acquis un tel pouvoir que peu nombreux sont les automobilistes qui se permettent de mettre en question les directions qui lui sont dictées d’une voix autoritaire par le système, ceci à tel point d’ailleurs que des situations cocasses ou dramatiques peuvent en résulter. Rappelons-nous par exemple de ce chauffeur qui a emprunté une rue piétonne et a réussi l’exploit de se retrouver coincé entre les murs des maisons adjacentes plutôt que de faire demi-tour et de remettre ainsi en question les ordres du guide AI tout puissant.

Pour que le futur indéterminé existe et puisse être mis à mal, il faut bien sûr que le futur en tant qu’espace non défini existe et également que le temps existe, s’écoule, puisque le futur est une des formes du temps. Ces concepts ont beau nous être familiers, ils n’en sont pas moins complexes et sujets à interprétation. La plupart des physiciens, à la suite d’Einstein, considèrent par exemple que le temps ne s’écoule pas et donc que le futur existe en parallèle avec le présent.

Si l’on admet que le temps s’écoule, il faut de plus admettre que le futur est indéterminé et donc que les êtres humains ont la capacité de libre arbitre, la capacité de se décider librement pour telle ou telle option. Si demain je décide de partir pour Paris et que j’ai la capacité de libre arbitre, cela veut dire par exemple que cette décision n’est pas la suite d’une série de relations de cause à effet. Ces relations de cause à effet remonteraient potentiellement à la nuit des temps et me conduiraient aujourd’hui à prendre cette décision qui n’en est pas une ou qui n’est pas prise librement. Là aussi, le débat est virulent et les positions bien tranchées.

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La dictature des (systèmes) experts

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"7 : 33, lundi 19 mars 2029. Sarma ouvre les yeux sur un jour nouveau. Dehors, le soleil brille. C’est en tout cas ce qu’elle suppose. En effet, les persiennes sont encore fermées. « Alexa », son assistante personnelle électronique reconnaît le mouvement d’un corps sur le matelas et la salue amicalement. Elle lui présente les principales activités de la journée. Elle commence son discours en mentionnant la température extérieure qui s’est bien rafraîchie durant la nuit et nécessitera un changement de garde-robe. « Mais le soleil brille », confirme-t-elle pour ne pas gâcher l’atmosphère, le soleil brille et un nouveau jour peut commencer. Sarma est une jeune femme de vingt-huit ans.

Après avoir terminé ses études en économie, elle a été engagée par une entreprise célèbre de cosmétiques comme cheffe de produit. Elle a emménagé depuis peu dans un duplex situé non loin du centre de la ville, un de ces nouveaux duplex ultramodernes et entièrement connectés qui sont offerts à prix dérisoire pour autant que les locataires acceptent les règles en vigueur. La principale d’entre elles consiste à supporter que les dizaines de capteurs, qui équipent ces appartements, rapportent les données collectées de manière instantanée à leurs employeurs, les créateurs des objets connectés qui peuplent les lieux.

Le jeu en vaut la chandelle, du moins c’est l’avis de Sarma qui ne regrette pas son choix. Elle pense souvent à certains de ses ex-collègues d’études qui ont refusé d’accepter ce changement de perspectives et se sont retrouvés reclus dans des banlieues mal desservies, au-delà des limites de la ville. Leur situation est difficile à plus d’un titre. Ils forment une sorte de nouveau prolétariat et vivent une vie frugale de l’autre côté de la frontière du monde moderne, une région que beaucoup d’habitants des quartiers connectés appellent l’au-delà. La liberté est à ce prix" (extrait d'un essai à paraître prochainement intitulé "La Dictature des (Systèmes) Experts").

Qu'en pensez-vous ? Etes-vous, comme Sarma, prêt(e) à abandonner votre libre arbitre, votre liberté de décision pour accéder à un monde moderne qui vous promet à terme la vie éternelle en échange de votre soumission ? C'est de ce sujet dont nous allons nous entretenir dans le cadre de cette "Newsletter". Je vous retrouve chaque semaine et me réjouis de lire vos remarques et commentaires.

P. Matile

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Demain par Nathalie Fiechter

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Il l’avait rencontrée un soir, près de la rivière. Elle dansait sous les étoiles, éblouissante dans sa robe de coton blanc. Timidement, il s’était approché. Joyeusement, elle l’avait apostrophé : « Tu sais danser ? J’ai besoin d’un cavalier. » Il avait ri et relevé le défi. Ensemble, ils avaient tourné, valsé, virevolté. Tout de suite, ils s’étaient plu. Tout de suite, ils s’étaient unis. Heureux, ils avaient des projets plein la tête. Elle voulait élever des chevaux. Il voulait construire une grande maison, pour y loger une ribambelle d’enfants.

Après quelques mois de bonheur à peine, il y eut l’accident. Elle galopait à travers les champs quand le tonnerre gronda tout près. Le cheval se cabra, elle tomba et sa nuque se brisa. Quand les secours arrivèrent, il était déjà trop tard. Sa vie à lui s’arrêta net. Ses rêves s’écroulèrent, une douleur intense et fulgurante envahit toute la place.
Tout jeune, il avait perdu ses parents et sa sœur, qu’il adorait. C’était maintenant au tour de son amour. À tous les gens qu’il aimait, il portait la poisse. Il se convainquit ainsi que l’approcher était dangereux et s’enferma dans une triste solitude, noyée de chagrin et de culpabilité.
Une affiche, un matin, attira son attention: le pays avait besoin de soldats. Il décida de partir rejoindre l’armée dans une ville éloignée, avec l’espoir de laisser derrière lui tout son malheureux passé. Mais rien n’y fit. Même à des kilomètres de chez lui, il continuait d’être hanté par ses fantômes.
Et puis, la guerre éclata. Avant de partir au front, remplis de courage et de détermination, les hommes de la troupe, en tenue d’apparat, défilèrent fièrement devant la population. C’est alors que soudain, pour lui, tout devint simple et limpide.
Enfin libéré de ses peurs, de ses questionnements, de sa culpabilité, il se sentit tout à coup pleinement serein. Porté par le groupe, il n’avait plus à lutter. Il marchait droit devant lui, un imperceptible sourire aux lèvres. Demain, il partirait sur le champ de bataille. Demain, il mourrait. Demain, il la retrouverait.

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Silence par Christina Matile

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Une image sans sons. Pas le moindre bruissement, pas un seul chant d’oiseau, pas un souffle de vent, aucun mouvement, pas d’odeurs, pas de profondeur. Rien ne bouge. Le temps s’est arrêté. Une structure de noir et de blanc. Leurs agencements laissent une empreinte. Un homme. Un arbre. Pas de lieu déterminé. Pas de lien. Pourtant une situation, une scène. Une rencontre entre deux vies immobiles, aussi silencieuses l’une que l’autre. Une communication sans paroles ?

Deux univers. Deux êtres vivants. Deux vécus. Présomptueux de tenter à décrypter leurs pensées. Mettre du sens au-delà de l’image. Toujours l’esprit s’essaie à une interprétation, de donner du raisonnement, de répondre à des « pourquoi » et des « comment », à ce qui est ou ce qui est supposé être. Donner une réflexion, une émotion au vivant comme pour prouver l’existence, leur donner une âme.
Comment savoir qui est cet homme, ce qu’il pense, quelle est son histoire sans se perdre dans des idées préconçues qui s’attachent davantage à l’aspect, à la tenue et à la position du corps qu’à son caractère, ses habitudes, ses préférences, le déroulement de sa vie ? En un clin d’œil nous parvenons à nous faire une idée de qui est cet homme, du rôle qu’il jouerait dans le théâtre social.
Mais gare à ceux qui s’égareraient dans les pensées de l’homme, en se glissant insidieusement dans son intérieur pour y découvrir qu’eux-mêmes ou leurs rêves les plus étranges. A ce moment-là précis, ils feraient face aux fantasmes, aux fantasques de leur propre imagination nourrie de toutes ces images emmagasinées en eux. Les préjugés, les attributions tant nécessaires à la survie, font de personnes innocentes soudain des bourreaux ou des victimes, des individus qui forment notre vision du monde et tente de la confirmer.
Et s’il n’y avait rien qu’un espace- temps. Un arbre. Un homme. Une infinité de nuances entre le noir et le blanc. Juste un silence.

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La passion selon Saint-Günter par Sophie Langlois

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D’abord, du bout des doigts, j’effleure les longs poils pour sentir la douceur. Puis du dos de la main, je prends connaissance pour sentir le soyeux, enfin je caresse la fourrure pour découvrir son caractère envoutant et émouvant. Ces gestes, je les répète depuis mon plus jeune âge, car d’aussi loin que je me rappelle l’atelier et le magasin de fourrure Wankel est mon paradis. Mes premiers souvenirs dans cette boutique, ont les traits de mon Grand-Père, un grand homme complètement dédié à son art. Il était un artisan soigneux, appliqué, habile pour choisir, façonner, assembler et mettre en valeur les peaux. Les tanneurs le reconnaissaient car grâce á lui les peaux et les fourrures étaient sublimées. Avant d’être l’atelier de mon grand-père, cet atelier était dans ma famille depuis des générations, un incontournable de la confection viennoise, niché dans une ruelle au pied de la cathédrale Saint Etienne. Cette maison était reconnue dans toute l’Autriche, les carnets de commandes étaient pleins. A l’époque un manteau de fourrure était très convoité et correspondait à un signe de standing personnel et social.

Mon père a repris ce commerce artisanale et la développer surfant sur la vague de la mode et des starlettes d’Hollywood et de Cinecita … qui mieux que Marylin Monroe pouvait incarner le glamour avec une pelisse de renard ?
Le départ prématuré de mon père, à l’aube de mes 20 ans, m’a fait prendre le relais de ce lieu sacro-saint … je ne l’ai plus quitté. J’y viens tous les jours avec le même sourire, celui de mes jeunes années.
Mes enfants se moquent de moi en disant que je mourrais dans mon atelier, une aiguille á la main , les yeux sur la fourrure en écoutant un opéra. Je sais bien qu’après moi , ce magasin sera remplacé par soit par un restaurant touristique, soit par une enseigne issu de la mondialisation vendant des textiles ou des souvenirs importés d’Asie. Malheureusement mon fils a préféré le métier d’assureur. Ma petite fille, elle rêve, comme moi enfant, devant mes manteaux et aime entendre toutes les anecdotes sur les animaux et les clientes qui ont franchis le pas de cette porte.
J’aime ces fourrures. J’ai fait de la qualité et de l’authenticité mon fer de lance. J’aime recevoir mes clientes depuis 50 ans avec leur manteau qu’elle m’apporte religieusement pour passer l’été dans mon entrepôt climatisé. J’aime cette relation particulière á la fourrure qui se transmet de génération en génération, ces trésors que l’on souhaite conserver et perpétuer. J’ai la chance de vivre dans une ville où cette tradition continue malgré les actions des anti-fourrures. C’est un peu comme si, notre travail d’artisan et cette noble matière pouvaient encore valser pour l’éternité .

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