Le phrasé névrosé des kiffeurs africains, 
S’envole vers le ciel et soudain 
S’entrelace, pareil au vol des hirondelles, 
Guettant du coin de l’aile les mots malins, 
Des voisines qui chuchotent.  
Et de gauche et de droite, l’on s’étreint. 

De ce brouhaha, de cette incohérence alors surgit, 
Une direction, un compromis, 
Un étrange voyage, vers de lointaines contrées, vers l’infini, 
Vers l’Europe désirée, ce lointain paradis. 

La fumée des vapeurs du matin les engourdis, 
Les kiffeurs affamés en route se sont mis, 
Les voilà par centaines, par milliers guidés, 
Par le brouhaha des voisines, par un instinct de survie.
 
Ils s’envolent et dans le ciel point de barrières 
L’air de là-bas est bien semblable à l’air d’ici 
Il soutient les ailes, aide au rêve, aide à la vie, 
Aide à la transhumance, les voilà partis.
 
Leurs mots qui volent et encombrent les cieux, 
De toute cette souffrance, de ces rêves pieux, 
Ils n’en veulent plus, ils n’en peuvent plus, 
Le vol a usé leur dernière substance.
 
Alors dans le ciel comme un grand feu, 
Les hirondelles s’embrasent et s’enfoncent dans l’océan, 
Et les mots rythmés qui tantôt les soutenaient,  
Se perdent dans les profondeurs, descendent dans les abysses, 
Et remontent contenus dans des bulles d’air,  
Qui éclatent et les libèrent et explosent dans le ciel.


Le phrasé névrosé des kiffeurs africains est éternel.