Monstruosité

Ayant pour habitude de volontiers broder autour de n’importe quel thème, mot ou détail, je saisis celui proposé. Monstruosité. Et réfléchis. C’est quoi, une monstruosité ? Je l’utilise peu, ce mot. Davantage habituée à l’expression « c’est monstrueux ». Alors je consulte ses synonymes, d’abomination à malformation, en passant par folie. Ok, on comprend bien, on a fait le tour du sujet. Surtout quand il est mis en rapport avec la pandémie en cours, ou avec la guerre en Ukraine.

Monstruosité, vraiment ? J’aurais plutôt parlé de catastrophe. Les deux événements cités nous sont tombés dessus sans préavis. Quoique. Tout le monde savait, ou en tout cas les experts ès maladies contagieuses, qu’un ou des virus menaçaient de nous pourrir la vie un jour. Certains étaient même payés pour élaborer des stratégies, anticiper, protéger. Bon, chacun en pensera ce qu’il voudra, de leur professionnalisme. Et l’invasion russe ? Prévisible également.

Ces deux faits ont des points communs. Ils nous ont surpris, et tenus en haleine, suspendus aux infos.

An exentric man (COVID-19 demonstration Vienna)

Certains se sont dit sidérés, mot devenu viral. Et puis ils nous ont fait peur, paralysé même. Au début de la pandémie, nous pensions raviolis et papier toilette. Et puis masques, gel hydroalcoolique. Nous découvrions la peur des contacts, humains ou matériels. Plus de poignées de mains, plus de bises. Tout était remis en question. Les gouvernements couraient derrière une solution, édictaient des mesures. La panique envahissait nombre d’entre nous, dans un repli, une incertitude générale.

Et puis, peu à peu, au gré des vagues, nous nous sommes habitués, nous avons survécu. Ou pas. Les victimes sont nombreuses. Un peu comme dans la peste de Camus, où tous étaient atteints, même s’ils ne mouraient pas. Le vaccin a calmé les choses, sauf pour ses opposants ou allergiques. Bref, le monde a, et est encore, chamboulé. La Covid-19 laissera à tout jamais des traces dans les cimetières et les mémoires.
Tout comme la guerre. Cette guerre qui, elle aussi, nous est tombée dessus, en victimes collatérales et solidaires de ces Européens de l’Est qui nous ressemblent tant, auxquels nous nous identifions à tel point que nous leur tendons la main.

Monstruosité, atrocité, folie.

J’ai mal à l’Ukraine. Davantage que le méchant virus qui étouffe, elle me touche. Impossible d’y échapper, et pas seulement à cause des reflets médiatiques pléthoriques. Nous avons peur, bien sûr, comme nous avons peur de la maladie. La mort rôde. Qu’elle se pointe par contamination ou radiation, elle n’est pas loin. Et personne n’en veut. Mais elle s’en fout. Elle trouve toujours un chemin pour réguler la démographie. Jeunes, vieux, tout le monde est concerné. Alors, c’est monstrueux ?

Non, juste normal. Des pandémies, des guerres, il y en a toujours eu. Toujours aussi absurdes, inhumaines, désespérantes. Quels que soient les termes utilisés, ces destructeurs avancent, minent nos quotidiens et nos projets. Tout est limité, de la destination de vacances aux espoirs de longue vie. Tout est remis en question. Et alors, est-ce monstrueux ? Est-ce vraiment cela, le monstrueux de nos vies ?

Pas pour moi. Certes, je me passerais bien de pandémies et de guerres. Mais au fond, ce qui me heurte, ce sont les blessures du quotidien. Les coups vaches. Les hypocrisies, trahisons, mensonges, et j’en passe car la liste des petites saloperies entre humains est trop longue pour prendre place ici. Le manque de respect de la vie, de l’amour, des autres. Cela, c’est monstrueux. Et autant paralysant qu’une pandémie ou une guerre.

Alors voilà, j’essaie de comprendre pourquoi je pose un regard étonné sur le monsieur en costume et chapeau blanc paradant au milieu d’une foule manifestement là pour assurer sa sécurité. J’essaie de ne pas juger à l’apparence, de creuser les contacts pour comprendre, d’éviter la superficialité. Pour éviter d’être monstrueuses à mon tour.